Il fallait s'y attendre, je suis à découvert
Sur mon compte-courant alimenté en vers...
Paraît que mon crédit serait désargenté
Et qu'il faut, à tout prix, le ré-alimenter.
J'ai été averti, au réveil, ce matin,
Alors que je cherchais un bon alexandrin...
Le banquier de mes rêves m'a dit d'un mauvais ton :
"- Cesse de rimailler car tu n'as plus de fonds.
"Alors débrouille-toi à renflouer ton compte...
Si tu n'as pas assez, donne-moi des acomptes...
Je ne veux que des vers sonnants et trébuchants
Que tu as épargné...Verse-les moi content..."
"Fais un petit effort avec des rimes riches...
Les autres, tu te les gardes dans un coin de ta niche...
Surtout ne verse pas de rimes féminines,
Je les trouve plus pauvres que les rimes masculines."
Et là je reconnais qu'il n'a pas vraiment tord...
Le masculin est beau et nettement plus fort
Que le genre féminin où sa grande faiblesse
Est de finir par E comme "femme" ou "mollesse...
J'ai eu beau répliquer que ces E sont muets
Et donnent aux féminines un peu moins de caquet,
Il m'a dit: "- Je me fous de tout ton baratin
Qui t'a permis d'écrire ce billet qui vaut rien.
Alors, un peu vexé qu'il ait pu découvrir
Que mon bout de papier n'était que du délire,
J'ai stoppé illico mes rimes masculines
Pour ne pas offenser les belles féminines...
Car étant délicat et surtout peu bavard
Je sais aussi me taire en rangeant au placard
Mes allusions vaseuses envers les filles d'Ève
Qui papotent toujours sans respecter de trêve...
Tout ceci pour vous dire que même à découvert,
J'ai renfloué mon compte d'une somme de vers
Qui ne vaut pas un rond mais qui m'aura permis
De chambrer les nanas tout en restant poli...
Ce qui m'ennuie le plus, c'est que je dois conclure
Bien qu'il me reste encore quelques égratignures...
Mais je vais les garder afin qu'un jour prochain
Je puisse, de nouveau, griffer le féminin.