Affirmer ma vérité pour mieux me contredire.

"- Poète, prends ton luth et me donne un
baiser,
Vient de me dire ma muse qui cherche à m'abuser...
Fais un petit effort ; tu ne m'embrasses plus
Depuis que des soucis te mènent vers l'inconnu."
"- Je voudrais bien t'y voir, ô muse profiteuse
Qui ne pense qu'à muser en jouant les plaideuses...
Sais-tu, qu'en ce moment, des choses me turlupinent
Et en particulier, je refais ma cuisine..."
"- Mais tu as tout le temps, à quoi bon te
presser...
Allez !...Embrasse-moi... Laisse-moi te charmer
Et partons tous les deux sur les chemins herbeux
Sentir si le soleil te rendra amoureux..."
"- Mais tu rêves, ma petite ; le temps est à la pluie !...
Autant que j'en profite à jouer la fourmi
Allant, de mur en mur, passer la décolleuse
Qui, à toute vapeur, n'est pas du tout rêveuse..."
"- Puisqu'il en est ainsi, je vais dire à
Musset
Que tu es un rimeur vraiment sans intérêt,
Et qu'au lieu de chanter des jolis mots d'amour
Tu préfères t'enfermer que de me faire cour."
"- Et ben ! C'est ça, bon vent !... Mais reviens-moi ce
soir...
D'ici là mes pensées seront un peu moins noires,
Et je te chercherai, ô muse insatiable,
Tous les mots d'amoureux que me dicte le diable."
"- Ô muse, je te dirais que mon cœur bat trop vite,
Que tu es le ferment des rêves qui m'agitent,
Et pendant que mes mots viendront te courtiser,
La chanson de mon luth te fera un baiser."