Comme j'avais du temps et qu'il faisait beau temps,
Alors j'ai pris le temps de voir les temps qui passent.
Du passé au futur, je vis que le présent
Etait le seul moment qui se faisait fugace.
A peine il apparaît que déjà il n'est plus
Qu'un vague souvenir vieillissant du vécu
Ou alors l'avenir qu'un ancêtre a connu.
Michel Blondeau
Voici un très beau texte d'un certain Jean Fabié que j'ai trouvé sur Internet. A l'aube de mes 63 ans de fantaisie, de déraison
et de rêve, comment ne pas être d'accord avec cette sagesse.
Vieillir, se l'avouer à soi-même et le dire
Tout haut, non pas pour voir protester les amis,
Mais pour y conformer ses goûts et s'interdire
Ce que la veille encore on se croyait permis.
Avec sincérité, dès que l'aube se lève,
Se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour ;
A chaque cheveu blanc, se séparer d'un rêve
Et lui dire tout bas un adieu sans retour.
Aux appétits grossiers, imposer d'âpres jeûnes
Et nourrir son esprit d'un solide savoir.
Devenir bon, devenir doux, aimer les fleurs,
Aimer les jeunes, comme on aima l'espoir.
Se résigner à vivre un peu sur le rivage
Tandis qu'ils vogueront sur les flots hasardeux.
Craindre d'être importun sans devenir sauvage,
Se laisser ignorer tout en restant près d'eux.
Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame.
Prier et faire un peu de bien autour de soi,
Sans négliger son corps, parer surtout son âme,
Chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique Foi.
Puis un beau soir, discrètement, souffler la flamme
De sa lampe et mourir parce que c'est la loi.
Jean Fabié